"tu viens, chéri ?"

" tu viens, chéri ? "

Le rêve est toujours une autre vie. L’histoire ne s’y superpose qu’en se déformant. Farouche à toute approche, immense, somptueux, cassant les cadres dans les zigzags de la bizarrerie, il saute les ans et nous emmène ailleurs là où règnent des clartés à forme humaine et où de vieilles fées filent au milieu des ruines. Quelque chose peut jaillir du rien, une jeune fille d’une grâce inaccessible vous attend à l’entrée d’un maison délabrée. Ce monde de l’impossible s’écroule souvent à l’instant où j’y arrive, quelquefois après que j’y aie vécu, bu, mangé, fait l’amour plusieurs nuits dans une âcre volupté. Nymphes déhanchées et ondoyantes des sources, vues de profil en remontant depuis la cheville vers les genoux, cuisses et  hanches. Dames blanches, noires ou rouges qui passent, glissent et hâtent le pas. Si les mères sont puritaines, catholiques, vieilles et trop horribles, je prend sans vergogne leurs filles sur l’oreiller en pensant aux grands amours d’autrefois. Une fois réveillé, je vis ensuite pour quelques heures de mille questions faites à ce monde imaginaire. (extrait de Joie dans les ruines, 2023)

 


joie dans les ruines !

joie dans les ruines

La peinture comme l’écriture relève sans remplir les mains, fait sourire sans que rien n’ait changé, donne le temps de s’asseoir côte à côte au milieu des ruines. Et pourtant personne ne touche les corps. Parfois l’amour vient réellement, et cela aussi à un nom, le nom de quelqu’un. Alors commence cet autre vertige, celui d’être à la fois un et deux, de ne jamais cesser d’être cela autant que ceci. Incroyable perspective au-dessus du vide, image de l’entêtement de la vie à vivre, fabuleux appareillage des corps entre les termes écartelés du désir ! (extrait de “Joie dans les ruines”, 2022

eh bien si, tu conviens

portrait à l'ambre de Haruka Akasako

été 2023

La chair ne renvoie-t-elle qu’à elle-même ? Certes d’abord à elle-même, mais aussi à beaucoup plus qu’elle-même puisque c’est à tout ce que nous engageons dans la vie. Quelle que soit cette chair, le propre du désir est de prendre le corps de l’autre comme la révélation d’une intimité absolue, comme ce qui convient. Je crois que c’est la chose la plus émouvante de dire à quelqu’un : “Eh bien si, tu conviens”. Je dirais bien : “Tu fais l’affaire”, si ça n’avait pas quelque chose d”un peu vulgaire, mais c’est bien de cela dont il s’agit : “Sois rassuré, tu existes !”. 


décolletés ajourés

 

Définitive, sauvage, éblouissante

la nudité ne fait que commencer

au creux de ses décolletés ajourés

 

Elle n’a jamais peur. Jamais d'hésitation. Confiance absolue. Tous les tabous n’existent que pour être transgressés avant d’être dissous à un point de combustion extrême qu’elle porte en elle.  De moi aussi, elle veut ce feu qu’il est toujours possible de faire jaillir entre les pierres du temps. La morsure au fer rouge, son âcre volupté ! Voilà pourquoi toutes les portes restent ouvertes jour et nuit comme ses jambes qui s’ouvrent à mon approche, battantes de désir comme sa robe égarée dans les remous de ses passions. Voilà aussi pourquoi, définitive, sauvage, éblouissante, la nudité de Vénus ne fait que commencer au creux de ses profonds décolletés ajourés. 


"tu m'aimes ?"

 

Je cherchais des signes simples pour me repérer, pour continuer d’avancer sans trop trébucher. Pour cela, toujours consentante, Ponko m’aida, tout naturellement, elle m’apprit à la reconnaître à l’odeur, à deviner les mouvements de son désir aux seuls remous de son coeur, elle insista beaucoup sur l’agrément d’un baiser au fond duquel on découvre toutes les douceurs de nos langues. Avant elle, je n’avais jamais été si loin dans l’avenir érotique de nos désirs et la fraternité de la débauche. Impatiente et résolue, la pupille dilatée et affamée de sensations fortes, souriant vaguement en lisant sans égard au fond de l’encrier de mes yeux, elle commença à briser, centimètre par centimètre, les murs du labyrinthe. Chaque nuit, la tête couchée sur son ventre, j’entendais monter au loin un galop d’orgasmes sauvages, mêlés, polymorphes, frénétiques.


le début de l’amour

 

the beginning of love - 愛の始まり - le début de l’amour

Haruka se tient assise la dos au mur dans la lumière dorée d’une lampe qui donne à sa peau un éclat éblouissant. Je cherche son regard pour mieux comprendre ce qu’elle m’a dit. Je scrute avec une joie insatiable ce bijou de chair et d’os qui parle sans bouger, un bras posé sur le genou nu. Je ne l’écoute plus. Je me tais. Je regarde la main immobile, très belle, qui luit à côté du genou. Visage, genou et main qui vont leur chemin sous mes paupières. Visible obsédant qui persistera dans mon regard où que j’aille. C’est ainsi que, en moi, le début de l’amour est d’abord une image.