Tu viens, chéri ?

Le rêve est toujours une autre vie. L’histoire ne s’y superpose qu’en se déformant. Féroce à toute approche, immense, somptueux, brisant les cadres dans les zigzags de l’étrangeté, il saute les années et nous emmène ailleurs où règne la lumière sous forme humaine et où les vieilles fées virevoltent au milieu des ruines. Quelque chose peut jaillir de rien, une fille d’une grâce inaccessible vous attend à l’entrée d’une maison délabrée. Ce monde de l’impossible s’effondre souvent au moment où j’y arrive, parfois après avoir vécu là-bas, bu, mangé, fait l’amour plusieurs nuits dans une volupté âcre. Nymphes tortillées et ondulantes depuis les ressorts, vues de profil de la cheville jusqu’aux genoux, cuisses et hanches. Les dames blanches, noires ou rouges qui passent, glissent et accélèrent le rythme. Si les mères sont puritaines, catholiques, vieilles et trop horribles, je prends sans honte leurs filles sur l’oreiller en pensant aux grands amours d’antan. Une fois réveillé, je vis alors pendant quelques heures de mille questions posées à ce monde imaginaire.